« 16 juin 1847 » [source : BnF, Mss, NAF 16365, f. 126-127 ], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3738, page consultée le 03 mai 2026.
Mercredi matin, 16 juin [1847], 8 h. ½
Bonjour, mon Victor, toujours plus grand, toujours plus généreux, toujours plus beau,
et toujours plus adoré, bonjour et merci. Que je regrette de ne pouvoir pas te donner
toute ma vie en une fois pour te prouver à quel point je t’admire et je t’aime. Je
souffre de ne pouvoir pas utiliser tant de bon amour pour ton service. J’en veux au
bon Dieu de ne pas m’en donner l’occasion, je suis humiliée dans le plus saint et
le
plus tendre de mon ambition. C’est une injustice que je ferai valoir quand il s’agira
de régler mes comptes avec lui dans le ciel. En attendant, il faut que je me résigne
à
t’aimer pour moi seule, ce qui ne me satisfait qu’à moitié.
J’irai te chercher
tantôt à la Chambre par l’itinéraire convenu. Je t’attendrai à Saint-Sulpice parce
que
je ne veux pas m’exposer à me faire dire par ces dames Féau : — Le vilain rossignol, comme il est ennuyeuxa et comme il chante mal. Et d’ailleurs
moi-même, je suis lasse de ces stations fréquentes et prolongées chez les meilleures
mais les plus agaçantes des femmes : faut des Féau, pas trop n’en faut, bénies en
tout
et sans défaut.
Mon bien-aimé Victor, mon sublime bien-aimé, mon cœur déborde
d’amour et d’admiration pour toi. Je voudrais baiser tes pauvres petits pieds
[illis.].
Juliette
a « ennuieux ».
« 16 juin 1847 » [source : BnF, Mss, NAF 16365, f. 128-129], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3738, page consultée le 03 mai 2026.
16 juin [1847], mercredi soir, 9 h. ½
Mais il n’est pas sûr du tout que je veuille échanger mon bonhomme contre celui d’aujourd’hui, et cependant je tiens à ne pas faire ma commission pour rien.
[Dessins représentant, sous forme allégorique, l’automne, l’hiver, le printemps, l’été.][Dessina]
Je veux au moins vingt sous par tête. C’est bien le moins, surtout si je réussis.
Je
n’accepte pas du tout votre faux-semblant de générosité de tantôt pour argent
comptant. Je veux des espèces sonnantes et ayant cours, sinon je garde les
quatre saisons pour moi. Cela fera très bien dans mon jardin ou ailleurs.
Vous
aurez la bonté de me dire quelle était la dame en chapeau qui vous attendait sur votre
balcon. Je ne serais pas fâchée de le savoir afin de vous retirer ma natte à lit1, si je le juge à propos. Je n’ai pas besoin de vous donner mes
affaires si vous en avez d’autres, affaires et d’autres femmes. C’est bien le moins
que, vous payant, je vous aie à moi toute seule. Je vous conseille de vous en tenir
à
moi si vous tenez à vous car je suis très décidée à vous faire passer le goût du pain,
qui est très cher dans ce moment-ci comme vous savez2, plutôt que de vous céder à aucune femme et
pour quelque prix que ce soit. Pensez-y et ne vous exposez pas à la tentation.
Juliette
1 Mystérieux objet de dispute amoureuse, sur lequel Juliette revient à cette époque.
2 En 1847, les faillites se multiplient, de nombreuses actions sont à la baisse, le chômage se généralise, les prix augmentent.
a Dessins :

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
